Le Pape Étienne II Le Pape Étienne II (752-757) : Mystificateur ou stratège divin?

Le Pape Étienne II (752-757) : Stratège spirituel et architecte des États pontificaux

Lorsque l’on évoque les débuts de la puissance temporelle de la papauté, il est impossible de ne pas mentionner l’un des épisodes les plus décisifs pour l’histoire du Saint-Siège : le pontificat du pape Étienne II, à l’origine de la création des États pontificaux. Ce personnage, souvent salué pour son habileté politique, a su conjuguer foi, diplomatie et stratégie pour asseoir l'autorité de l'Église sur un territoire souverain. Revenons sur ce moment fondateur du rapport entre Église et pouvoir temporel.


Le Pape Étienne II (752-757) : Stratège spirituel et architecte des États pontificaux

Contexte historique : un papat en quête d'autorité

Au VIIIe siècle, l'Église romaine se trouvait dans une position fragile. Constantinople, capitale d’un Empire byzantin lointain, était incapable d’assurer une protection efficace contre les Lombards, alors menaçants en Italie. Consciente de cette précarité, la papauté recherche un nouvel allié fort capable de défendre ses intérêts.

Élu pape en 752, Étienne II comprend que Rome doit compter sur une puissance occidentale. Il se tourne vers le royaume des Francs, désormais dirigé par Pépin le Bref, qui vient de fonder la dynastie carolingienne après l’éviction des Mérovingiens. Pépin, lui aussi, cherche à légitimer son pouvoir tout juste acquis par une reconnaissance spirituelle.


Un tournant diplomatique : l’appel aux Francs

C’est dans ce contexte incertain qu’intervient un épisode clef : en 753, Étienne II est le premier pape de l’histoire à traverser les Alpes pour solliciter directement l’aide de Pépin. Par la puissance des gestes liturgiques et la solennité de ses paroles, le pape convainc le roi franc qu’en tant que « fils aîné de l’Église », il doit protéger Rome et la foi chrétienne.

Si les récits de « lettre céleste » attribuée à saint Pierre relèvent plus du folklore ou de la tradition littéraire postérieure, il n’en demeure pas moins qu’Étienne II emploie un langage religieux puissant : la prière publique, l’appel à la charité des souverains francs, l’insistance sur le rôle sacré du défenseur de la chrétienté et la promesse de salut éternel à qui viendra au secours de Rome.


La victoire et la Donation de Pépin

Convaincu du bien-fondé de la demande papale – et mû par un intérêt politique personnel –, Pépin mène deux expéditions victorieuses contre les Lombards en 754 et 756. À l’issue de ces campagnes, il donne solennellement au pape une grande partie des territoires conquis (acte connu sous le nom de « Donation de Pépin »), scellant la naissance des États pontificaux.

Ce nouveau territoire va placer l’Église au rang des grandes puissances européennes du Moyen Âge, et cette situation persistera jusqu'à l’unification italienne au XIXe siècle.


Stratège ou mystificateur ?

Aujourd’hui, l’historiographie considère Étienne II comme un souverain spirituel habile, qui a su s’appuyer sur la force du sacré pour légitimer un véritable basculement politique. Qu’il ait cru lui-même à la “protection divine” ou qu’il ait exploité sciemment les ressorts de la religion, il pose les bases de la fusion entre autorité religieuse et pouvoir temporel au cœur de l’Europe chrétienne.


Conclusion

Par son recours à l’alliance franque et par la Donation de Pépin, Étienne II a offert à la papauté une souveraineté territoriale qui marquera durablement son histoire et celle de l’Occident. Ce n’est pas une “lettre céleste” tombée du ciel qui fit basculer le destin de Rome, mais la capacité d’un pape à manier la diplomatie sacrée pour servir à la fois la foi et les intérêts concrets de l’Église dans un monde en pleine mutation.

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