Chaque soir, avant de m’endormir, j’ouvre mon roman d’aventure, comme on entrouvre une porte vers un monde plus doux. Mais, ce soir-là, surprise : l’héroïne commençait à se dévêtir sous ma lecture assidue ! Je rougissais, j’hésitais… puis tournais les pages avec une gourmandise presque coupable. La romancière, dont la photo souriait en quatrième de couverture, semblait, à travers son regard, me dire : « J’ai testé, moi aussi ! » Cette idée, je dois l’avouer… m’embrasa l’esprit.
La nuit venue, je me débattais dans mes draps, au point que mon épouse finit par m’arracher de mes rêves :
— Mais enfin, tu gesticules et tu marmonnes comme un possédé ! À quoi tu rêves ?
— Heu… je… je n’en sais rien ! balbutiai-je, honteux.
Au matin, bouleversé, je courus me confesser.
— Mon Père, j’ai failli tromper ma femme !
— Ah ? Mais vous ne l’avez pas fait ?
— Non ! Je me suis réveillé à temps !
— (un silence) … Expliquez-moi, mon fils.
Je lui déballai tout : la romancière, l’héroïne, les draps froissés, sa voix à l’accent slave, la lumière tamisée… Le curé hochait la tête sans comprendre, mais avec un sérieux d’archange.
— Vous voyez, mon Père, nous commencions l’effeuillage… quand mon épouse m’a brutalement réveillé. Quelle délivrance !
— Donc… vous n’avez rien accompli.
— Rien de tangible… mais en rêve, c’était comme si ! Je suis fautif !
Le curé me rassura :
— Mon fils, il n’y a pas là de péché.
— Vraiment ? Alors pourquoi suis-je encore si troublé ?
— Parce que, mon fils… il va peut-être falloir songer à… vous confesser plus souvent.
Et comme je m’éloignais, soulagé, il m’appela, tout rouge, avec un sourire pour le moins suspect :
— Et si… par malheur, vous retombiez nez à nez avec cette… tentation, détournez le regard. Ou, à la dernière extrémité… pensez à moi ! Enfin… je voulais dire : pensez à vous… con…fesser !
Pourquoi, à cet instant précis, son visage devint-il cramoisi ? Mystère…
Antoine, le 10 Mai 2009

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