L'infidèle – Tentation nocturne : chronique d’un rêve agité

L'histoire original est celle ci : L'infidèle – Histoire absurde teintée d'humour ou les confessions d’un infidèle… en pyjama


Chaque soir, avant de me livrer au sommeil, je lis quelques pages d’un roman. Ce rituel discret est devenu mon refuge, une échappée silencieuse loin du tumulte quotidien. Mais ce soir-là, la lecture prit une tournure inattendue : l’héroïne décrivait avec une sensualité troublante les gestes de son effeuillage. Peu à peu, je me surpris à suivre ses mouvements, à rougir, à m’abandonner à ces mots qui glissaient sur moi comme une caresse invisible. Et en croisant le regard grave de l’auteure sur la quatrième de couverture, je crus y lire une confidence muette : elle avait vécu ce qu’elle écrivait. Cette idée me troubla autant qu’elle m’attira.

La nuit fut agitée. Mon épouse me secoua, excédée : 

— Tu gesticules, tu parles sans cesse dans ton sommeil ! Que se passe-t-il ? 

Je bredouillai un mensonge… Je n’osais lui avouer ce qui m’avait traversé.

Le matin venu, rongé par une culpabilité étrange, je me rendis à l’église. Je cherchais une forme de délivrance.

— Mon Père, j’ai failli tromper ma femme… 

— “Failli” ? Expliquez-moi, mon fils.

Je lui racontai le rêve. L’héroïne, ou plutôt l’auteure transfigurée, venait à moi. Sa voix étrangère murmurait des mots brûlants, ses mains guidaient les miennes. Tout semblait réel : son souffle, sa fièvre, ses lèvres à peine éloignées. Mon corps y croyait, mon esprit s’y perdait. Le prêtre m’écoutait, partagé entre gêne et gravité.

— Et puis ? demanda-t-il d’une voix sourde. 

— Et puis… ma femme. Elle m’a réveillé au moment même où nos vêtements tombaient.

Je baissai les yeux. Ce n’était qu’un songe, et pourtant je me sentais fautif. 

— N’ai-je pas péché, mon Père ? Après tout, ce désir était bien le mien. Il hésita, détourna le regard :

 — Ce n’était qu’un rêve… Le péché ne réside que dans l’acte.

— Mais… je l’ai vécu comme vrai. J’étais tenté. 

— Alors… reposez-vous cette question : que cherchez-vous dans la nuit, que le jour ne vous offre plus ?

À ces mots, je compris qu’il ne parlait plus seulement du rêve, mais du vide que je tentais de combler par la fiction. Et dans le rouge qui monta à ses joues, je me demandai : n’avait-il pas, lui aussi, connu cette tentation dans son sommeil ?


Antoine, le 10 Mai 2009

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