Mister JTR Livre 2 Chapitre 2 : Dans l’Ombre de l’Éventreur



Chapitre 2 : Dans l’Ombre de l’Éventreur

Quelques jours plus tard, l’inspecteur Nathaniel Kerr et l’ancien policier Edward Jones se retrouvèrent dans l’arrière-salle d’un théâtre désaffecté, à l’abri des regards. Le lieu, poussiéreux et silencieux, semblait prisonnier d’un passé immobile — comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.

Edward Jones était nerveux. Son visage portait les traces de nuits d’angoisse ; chacun de ses gestes trahissait une tension impossible à contrôler. Son regard allait de Nathaniel Kerr aux rideaux épais qui masquaient les fenêtres. À intervalles réguliers, il portait la main à sa poitrine, comme pour apaiser des palpitations soudaines.

 Il prit une longue inspiration, puis parla :

— Ce que je vais vous dire… je ne devrais même pas le savoir. Mais j’ai surpris mon ancien supérieur — celui qui dirige aujourd’hui votre division, inspecteur — en pleine discussion avec des membres de la haute société. Tout cela n'était qu'une opération de couverture. Une manière de verrouiller le dossier avant qu’il ne déborde. 

Nathaniel Kerr ne broncha pas.

Jones poursuivit :

— Il m’a convoqué, après le meurtre de cette pauvre femme, et m’a déclaré textuellement : « Monsieur Jones ! Je vous conseille vivement de laisser cette affaire de côté. »

Nerveux, Jones passa la main sur son front comme pour dissiper un malaise grandissant.

— J’étais stupéfait. À qui devais-je imputer ce crime ? À Jack l’Éventreur ? À des forces occultes ? Rien n’avait de sens. J’étais perturbé par ce que j’avais vécu. J’ai insisté : pourquoi taire ce que la presse savait déjà ?

Il m’a regardé, l’air navré : « Monsieur Edward Jones, je crains que vous ne compreniez mal. Ce fameux sixième meurtre de l’Éventreur n’a jamais existé. Ce que j’attends de vous, c’est le retrait. Vous me suivez ? »

Jones se redressa légèrement, les mains tremblantes sur la table. Il avait la sensation étrange que la pièce se refermait sur lui.

— Il semblait choisir chaque mot, comme s’il marchait sur une corde raide. Il a insisté, d’un ton glacial : « Vous n’avez pas compris. Révéler la vérité est une idée dangereuse. »

La voix de Jones devint hachée, l’incertitude habitant chacun de ses silences. Il s’arrêta, puis reprit à voix basse :

— Ensuite, il m’a fixé longuement. Plus de masque. Rien que la froideur tranchante. Il s’est rapproché et m’a dit : 

« Monsieur Jones, vous êtes un homme intelligent. Écoutez : si vous remuez cette affaire, on vous brisera. Si vous insistez, il se pourrait que vous ne vous releviez jamais. »

Jones s'interrompit, la voix à peine tremblante. 

Sous sa façade crispée, on devinait une angoisse sourde — une crainte de sombrer, de se perdre. 

— Il savait que je garderais le silence. Il savait que la peur s’infiltrerait. Et il avait raison : je me suis tu. Jusqu’à aujourd’hui.

Nathaniel Kerr ne dit rien. Le silence qui suivit était lourd, presque étouffant. 

Jones baissa les yeux, puis releva la tête, cherchant sans succès à rassembler des certitudes. Son regard exprimait, plus que le doute, une usure profonde. Depuis des semaines, il luttait contre l’angoisse nocturne, les cauchemars récurrents, et les crises de tremblements qui l’envahissaient dès que le souvenir revenait.

— Ce que je ne comprends pas… c’est la violence de leur réaction. Pourquoi tant de menaces ? Que pouvais-je révéler, au juste ? Y a-t-il un détail, enfoui, qui risquait de tout faire basculer ?

Il se tut. Puis ajouta, presque à voix basse :

— J’ai commencé à protester : « Mais… » Il m’a coupé. Et soudain, il sembla presque apaisé, comme si tout avait été écrit d’avance : 

« Dans six mois, dans un an, Jack l’Éventreur ne sera qu’un souvenir lointain. À jamais, d’autres prétendront avoir trouvé la vérité. Mais personne ne saura. Faites-moi confiance. »

Jones sentit la lassitude l’envahir. 

Kerr finit par parler, sa voix étranglée :

— Mallory, du London Gazette, veut te voir, Jones. Il veut enquêter. Sur Eliza. sur sa mort, et sur ceux qui brouillent les pistes. Ce n’est pas de la simple curiosité. Il sait que d’importants moyens ont servi à étouffer l’affaire. Il compte aller au bout. Remonter la piste. Dévoiler les motivations. Trouver les manipulateurs.

Jones ne répondit pas. Il fixait un point invisible, quelque part dans l’arrière-salle du théâtre.

— J’ai moi-même hésité, ajouta Kerr. Tu sais ce que ça représente. Les risques. Mais Eliza… elle ne peut pas finir ainsi. Assassinée, puis oubliée. Je ne peux pas l’accepter.

Il posa la main sur l’épaule de Jones.

— Je vais le rejoindre. Je vais chercher. Tu viens avec moi ?

Un long silence tomba, aussi lourd et banal que les battements de l’horloge. Jones secoua lentement la tête. 

— Je ne peux pas, murmura-t-il. Ma santé… Je ne tiendrais pas.

Kerr ne répondit pas. Il comprenait. Et pourtant, quelque chose dans le regard de Jones trahissait plus qu’un simple refus : une peur ancienne, une connaissance intime des dangers à venir.

Ils savaient à présent qu’ils affrontaient plus qu’un homme, plus qu’une secte : c’était une machine de silence et de peur. Un engrenage huilé, prêt à broyer toute résistance.

 Mais peut-être, quelque part, une faille subsistait : un mot, une image ou un souvenir — quelque chose d’assez fort pour ébranler l’édifice.


A suivre...

Antoine, le 1 Novembre 2025

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