Chapitre 5 : Le médecin de l’ombre
L’escale à Southampton fut brève. Le navire avait quitté Londres plusieurs jours plus tôt, glissant lentement le long de l’estuaire avant de s’engager dans la Manche. Jones, toujours en proie au doute, choisit de rester à bord. Mallory, lui, descendit sans hésiter.
Mallory prit le train pour Londres dès l’aube. Il avait besoin de retrouver ses repères, ses archives, et surtout l’inspecteur Kerr. Une nouvelle piste venait d’émerger — celle d’un médecin militaire disparu peu après les meurtres.
Deux jours plus tard, ils se retrouvèrent dans les sous-sols d’un dispensaire militaire désaffecté, à l’est de Clerkenwell. L’endroit, fermé depuis l’épidémie de typhus de 1886, offrait un air lourd, saturé de poussière et d’humidité. Les murs suintaient, tandis que les étagères croulaient sous le poids de registres rongés par le temps.
Dans une armoire oubliée, cachée derrière un panneau disjoint, Mallory découvrit un registre partiellement brûlé. Le cuir craquelé, les pages gondolées, mais un nom revenait en marge, griffonné comme une obsession : Elias Harrow.
Officier médical, affecté à Whitechapel en 1887, porté disparu en novembre 1888.
— Harrow… ce nom n’apparaît dans aucun registre officiel. Ni dans ceux de l’armée, ni au Royal College of Surgeons. Quelques annotations cependant : “procédures expérimentales”, “patients non répertoriés”, “transfert confidentiel”.
Kerr passa un doigt sur les pages brûlées.
— Trop net pour être honnête, disait ma source. Trop proche des dates clés pour être ignoré. Deux hypothèses : Harrow travaillait dans l’ombre, sur des projets secrets — ou il n’était qu’un pion dans une machination plus vaste.
Mallory hocha la tête.
— Ces fameuses « procédures expérimentales » m’intriguent. À l’époque, on testait des traitements sur les aliénés, les prostituées, les indigents. Des corps sans voix et sans défense — et Whitechapel en regorgeait.
Kerr soupira.
— Les « patients non répertoriés » ? Difficile de savoir. Peut-être des malades anonymes, des gens dont le sort n’éveillait l’intérêt de personne… ou pire.
Mallory sortit un autre dossier jauni d’une étagère.
— Note ici : “Harrow transféré hors service, novembre 1888.” Juste après le dernier meurtre attribué à Jack.
Il ne disait pas que c’était une preuve. Juste une concordance.
Kerr fronça les sourcils.
— C’est tentant, Mallory. Mais risqué. Aucune preuve directe. Pas de témoins, pas de liens formels.
Mallory referma le dossier avec précaution.
— Je sais. Mais ce silence en dit souvent plus que toutes les archives. Je ne l’accuse pas. Je veux comprendre pourquoi son nom a disparu. Pourquoi il revient là où il ne devrait pas. Trop de signes concordants pour les ignorer.
Kerr se passa une main sur le visage.
— D’un côté, c’est plausible : un médecin militaire, habitué aux dissections, aux amputations. Formé à agir vite, à ne rien laisser derrière lui. De l’autre… cela pourrait n’être qu’un piège. Un nom inséré pour brouiller les pistes. Comme tant d’autres.
Mallory glissa le registre dans sa sacoche.
— Jones veut abandonner. Moi, je ne peux pas. Si Harrow est fictif, je veux savoir qui l’a inventé. Pourquoi.
Kerr le regarda longuement.
— On continue à chercher, mais avec précaution. Ces pistes-là peuvent nous mener bien plus loin qu’on l’imagine.
Mallory acquiesça, le regard sombre.
— Exactement. C’est ce que je compte faire.
A suivre...
Antoine, le 2 Novembre 2025

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