Mister JTR – Livre 2 Chapitre 6 : Le témoin silencieux

Le témoin silencieux



Chapitre 6 : Le témoin silencieux

Quelques jours après leur dernière découverte et la piste lancée autour d’Elias Harrow, Mallory et Kerr poursuivaient leurs investigations. Maintenant, la route les menait vers un dispensaire oublié, où une part essentielle de la vérité pouvait se cacher.

 Kerr resta pensif un instant, les yeux fixés sur les pages noircies.

— Tu sais, Mallory… Ce Harrow me rappelle un autre nom : Francis Tumblety. Un charlatan américain, prétendu docteur. Il avait des idées tordues sur les femmes, collectionnait des organes dans des bocaux, fréquentait des cercles occultes. Arrêté à Londres en 1888, il fut relâché aussitôt et disparu.

Mallory fronça les sourcils.

— Oui, je me souviens. Mais Tumblety n’était pas militaire. Harrow, lui, l’était. Officiellement affecté à Whitechapel. Et ce que nous lisons ici… ce n’est pas de la médecine de foire. C’est autre chose. Plus froid, plus structuré.

Kerr acquiesça.

— Justement. Si Harrow a existé, il a peut-être opéré sous couverture, dans les dispensaires, les hospices, les asiles. Là où les corps abondent. Et où personne ne pose de questions.

Mallory sortit un carnet de sa sacoche, le feuilleta rapidement.

— Il y a un nom. Un ancien collègue. Arthur Liddell. Médecin de terrain, maintenant retraité. Il aurait travaillé avec Harrow avant son départ. Je vais le voir.

Kerr le regarda, grave.

— Tu penses qu’il parlera ?

Mallory referma le carnet.

— S’il se tait, son silence nous en dira long.

L’hospice militaire de Greenwich dominait la Tamise, austère et silencieux. Mallory s’y rendit seul, après avoir obtenu l’adresse par un ancien contact du ministère. Le bâtiment, autrefois hôpital naval, hébergeait désormais des vétérans oubliés, des hommes marqués par la guerre.

Le capitaine Arthur Liddell l’attendait dans une salle commune aux murs jaunis, assis près d’une fenêtre embuée. Il portait une veste élimée, ses mains tremblaient légèrement, mais son regard restait vif.

Mallory s’approcha, posa son carnet sur la table.

— Merci de m’accueillir. Je cherche des informations sur un médecin militaire, Elias Harrow. Vous l’avez connu, je crois.

Liddell ne répondit pas tout de suite. Il passa un long moment à fixer le carnet.

— Harrow… oui. On l’appelait “le silencieux”. Toujours à l’écart. Il parlait peu mais observait tout. Il notait, même ce qu’il ne devait pas.

— Vous avez vu ses carnets ?

— Une fois. Il les gardait dans une mallette en cuir. Des croquis, des schémas… des choses inconnues dans nos manuels. Il parlait de « réduction de la souffrance par effacement de l’identité ». Je n’ai jamais vraiment compris.

Mallory ouvrit un dossier. Une page, partiellement brûlée, portait une annotation : « Harrow — patient 17 — réponse positive à la dissociation.»

Liddell pâlit.

— Ce n’était pas de la médecine. C’était autre chose. Il disait qu’il fallait “désapprendre la douleur”.  Il soignait femmes, sans-abri, soldats blessés. Toujours dans l’ombre, sans laisser de traces.

— Et après Whitechapel ?

Liddell secoua la tête.

— Il a disparu. Transféré, soi-disant. Mais personne ne savait où.  

Mallory referma lentement le dossier.

— Pensez-vous qu’il ait pu être lié aux meurtres ?

Liddell le fixa longuement..

— Je crois qu’il cherchait un but. Certains l’ont vu comme un outil. Mais s’il a tué… ce n’était pas pour le plaisir.

Mallory se leva, le cœur lourd.

— Merci, capitaine.

Liddell resta silencieux, le regard perdu vers la Tamise embuée, comme s’il attendait que le brouillard revienne.


A suivre...

Antoine, le 2 Novembre 2025

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