Mister JTR – Livre 2 Chapitre 8 : Le coupable que Londres attendait



Chapitre 8 : Le coupable que Londres attendait

Le lendemain, Mallory descendit seul dans les sous-sols du commissariat de Leman Street. Une pièce oubliée, aux murs humides, où les dossiers non classés s’empilaient comme des cadavres sans sépulture. Il cherchait autre chose : un homme désigné trop vite par la peur, loin des suspects prestigieux.

À une certaine époque, Mallory n’était qu’un jeune pigiste, envoyé dans ce commissariat pour couvrir une affaire sans relief. Mais entre deux portes mal fermées, un nom lui était parvenu en chuchotant : Isaac Perlman, dit Tablier de cuir. Le journaliste avait griffonné ce nom sur une coupure de presse, ignorant qu’il deviendrait un jour l’enquêteur de ce même homme.

Cordonnier de métier, fils d’immigrés polonais, Perlman habitait depuis l’enfance dans les bas-fonds de l’East End. Il vivait entre deux pensions, parfois chez son frère, parfois seul, mais toujours en mouvement. Il parlait peu, mais observait tout. Souvent dans l’ombre, parfois dans la rue, toujours sur le qui-vive.

Et parfois, il suivait.

Mallory retrouva sa trace dans le registre de la cour de Thames : agression au couteau en juillet 1887, six mois de travaux forcés. Puis, en août 1888, une plainte pour des attouchements sur une femme. Classée sans suite.

Quelques jours plus tard, Kerr et Mallory se retrouvèrent en salle d’archives. Le dossier Perlman était entouré de coupures de presse et de vieux rapports.

— Il avait le profil, murmura Kerr. Violent. Instable. Connu des prostituées. Et surtout… il portait ce fichu tablier.

Mallory feuilleta les coupures de presse. Le surnom  “Tablier de cuir” apparaissait dès le 1er septembre, dans le Sunderland Daily Echo. Les femmes évoquaient un homme qui les attirait dans des maisons vides, les volait, les frappait. Mais aussi qui rôdait, menaçait, et disparaissait.

— Le 2 septembre, précise Mallory, une femme le désigne dans la rue. Elle crie : “C’est lui, le meurtrier !” Un agent le poursuit. L’arrête. Et découvre… qu’il a un alibi solide.

Kerr hocha la tête.

— Il était chez son frère. Et chez un autre témoin. Deux meurtres déjà commis à ces dates.. Deux alibis solides. Il est relâché. Mais le mal était fait. Les journaux avaient imprimé son nom. Et les femmes, plus que jamais, continuaient à le craindre.

Mallory referma le dossier.

— Ce n’était pas lui. Mais il a servi à détourner l’attention. Il incarnait ce que la ville voulait voir : un coupable, un visage.

Kerr se leva, pensif.

— Isaac Perlman n’a pas tué. Mais il rôdait, il effrayait. Parfois, cela suffit à nourrir une légende.

Mallory nota la phrase dans son carnet.

— Une légende utile. Un faux coupable. Mais ce n’est pas l’auteur.

Ils sortirent des archives et marchèrent jusqu’à une taverne de l’East End, presque déserte. Là, une femme les attendait : Nellie Graves, rescapée de Whitechapel. Assise près du poêle éteint, le dos droit, les mains croisées.

Kerr s’assit devant elle, doucement.

— Vous avez connu Isaac Perlman.

Elle hésita, le regard perdu.

— Je l’ai vu. Plusieurs fois. Il ne parlait pas. Il avait ce tablier… épais, noir, comme une peau de bête. Il ne m’a jamais touchée, mais il me faisait peur. Une peur qui ne me quitte pas vraiment.

Kerr hocha la tête.

— Vous l’avez dénoncé.

— Oui. Je croyais que c’était lui. Comme tout le monde. Mais on m’a dit que ce n’était pas le bon… Alors, j’ai gardé le silence.

Mallory prit des notes.

— Est-ce qu’il vous regardait comme s’il vous connaissait ?

Elle répondit après réflexion.

— Non. Il me regardait comme si j’étais transparente. Comme s’il savait ce que je valais… ou pas.

Kerr se leva.

— Merci, Nellie. C’était important de parler.

Elle se leva à son tour, plus droite qu’avant.

— Je ne sais pas s’il a tué. Mais il en était capable.

En quittant la taverne, Kerr et Mallory marchèrent en silence. Aucun indice nouveau, aucune preuve. Mais une certitude s’était installée : Perlman n’était pas celui qu’ils cherchaient.


A suivre...

Antoine, le 3 Novembre 2025

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