Mister JTR Livre 3 chapitre 1 : La réponse de Mallory et Kerr

 

La réponse de Mallory et Kerr


Chapitre 1 – La réponse de Mallory et Kerr

Mallory relut la lettre de Jones plusieurs fois, ses yeux fatigués suivant les mots tracés à la hâte, comme si la plume elle-même avait tremblé sous le poids de l’angoisse. Le journaliste fronça les sourcils, puis poussa un long soupir. Il se passa une main sur le visage, attrapa sa tasse de café — froide depuis des heures — puis la reposa sans boire.

À ses côtés, Kerr fumait sa pipe avec lenteur, absorbé par le parfum âcre du tabac

Enfin, Mallory posa la lettre sur la table, à côté d’une vieille montre arrêtée, vestige d’une affaire non résolue.

— Bon sang, cet homme a vraiment besoin de nous, dit-il d’une voix grave. S’il se croit suivi, c’est qu’il y a une raison.

— Jack, ou ce qui le hante, ne lâche jamais sa proie, répondit Kerr à mi-voix.  Même sur un paquebot, Jones n’est pas hors d’atteinte.

Mallory saisit une feuille vierge, trempa sa plume dans l’encre et commença à écrire sous la dictée du policier.


Jones, vous qui nous êtes si cher

Vos craintes nous paraissent fondées. Prenez chaque menace au sérieux. Notez les faits, observez les regards, gardez la trace de la moindre présence autour de vous. 

Écrivez-nous dès que possible : le moindre détail peut devenir une preuve. Nous avons besoin de vos observations, comme vous avez besoin de notre soutien.

Et surtout, gardez votre humour ;  il est une rempart contre la peur. Nous avons lu vos mots avec gravité, mais sentons encore la force de votre esprit. Continuez ainsi, Jones. Ne baissez pas la garde, mais ne perdez pas ce qui fait votre force.

Tenez bon. Le danger est là, vous le savez, mais nous veillons aussi. Tant que la mer n’aura pas englouti votre plume, vous ne serez jamais seul.

Recevez notre indéfectible soutien, 

Mallory et Kerr


Mallory posa sa plume et, malgré la gravité des mots qu’il venait de coucher sur le papier, un mince sourire passa sur ses lèvres. Kerr acquiesça, satisfait. Il se leva pour aller chercher deux verres, versa un doigt de whisky dans chacun, sans un mot.

Après avoir scellé leur réponse, Mallory et Kerr savaient que leur soutien ne suffirait pas à apaiser les tourments de Jones. Tandis que leurs journées s'égrainaient entre interrogatoires, archives poussiéreuses et collations froides prises à la hâte — loin sur l'océan, Jones affrontait seul l'ombre qui le poursuivait. Les souvenirs, les menaces et le doute le hantaient, s'insinuant dans le silence des nuits interminables.

Quelques jours plus tard, sur le RMS Orpheus, la lettre de Mallory et Kerr atteignit enfin les mains de Jones qui relisait leurs mots.

Jones resta penché sur la lettre de ses amis, les mots résonnant en lui comme un ressac obstiné : « Notez tout. Restez vigilant. » Un sourire maigre passa sur son visage. Il replia soigneusement la lettre et la glissa dans la doublure de sa veste.

— Plus facile à dire qu’à faire, murmura-t-il.

Le RMS Orpheus gémissait dans la houle, comme un colosse fatigué. Le craquement du bois et les plaintes du métal semblaient traduire une lutte invisible. Jones se leva, fit quelques pas dans sa cabine exiguë, puis s’arrêta devant le hublot embué. Il essuya la vitre du revers de la main.

Il ouvrit son carnet et se mit à écrire, le crayon tremblant :

« 22 mars. Couloir du pont inférieur. Silhouettes furtives. Un homme en veste sombre a ralenti devant ma porte. Porte claquée, deux heures du matin, suivie d’un rire étouffé. »

Il s’interrompit : un souffle glissa dans la tuyauterie, semblable à un soupir. Il tendit l’oreille, le cœur battant, puis se frotta les bras pour chasser le froid.

— Tu deviens fou, vieux gars, tenta-t-il de plaisanter.

Mais son écriture continua, nerveuse :

« Regards insistants. Impossible de dormir sans verrouiller la porte. Sensation d’être observé. Rester sur ses gardes. »

La nuit était épaisse ; rêve et réalité se confondaient. À trois heures du matin, un sursaut brutal. Une voix l’avait tiré du sommeil — étrange, familière, mais insaisissable.

Il nota encore :

« 23 mars. Réveil en sursaut. Voix inconnue. Hublot embué. Silhouette devant ma cabine. »

En soulevant le rideau, il distingua une forme indistincte sur le pont inférieur. Marche hésitante, furtive. Passager ou membre d’équipage ? Difficile à dire. Un bruit sourd éclata non loin, suivi de voix basses.

« Bruit métallique. Voix indistinctes. Sensation étouffante. Danger latent. »

Le silence qui suivit pesa plus lourd que le vacarme. Jones referma son carnet et resta assis, le regard fiévreux fixé sur la porte. Pour la première fois, il douta que l’aube le retrouve indemne.

A suivre...


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